
Au moment où toute la communauté des juristes de droit constitutionnel porte le deuil de Guy Carcassonne, les codirecteurs de la revue Jus Politicum ont souhaité s’associer à la peine de sa famille et de ses amis, et ont voulu lui marquer leur affection et leur gratitude.
Guy était, depuis le début, en 2008, membre du Conseil scientifique de la revue. Pour nous, lui proposer de s’associer à l’entreprise allait de soi. De son côté, il n’avait visiblement pas balancé longtemps pour accepter, sans doute du fait d’un préjugé favorable, mais surtout par curiosité intellectuelle, et certainement avec un certain amusement. Peu de temps après, alors que Jus Politicum commençait à peine à se faire connaître, Guy avait accepté de nous accorder un entretien dans lequel il avait retracé l’ensemble de son parcours politique et universitaire, restituant à la fois un moment d’histoire de la Ve République et la vie d’un homme. Nous avons souhaité le reproduire ici, afin qu’il soit possible, pour tous ceux qui pensent à lui aujourd’hui, d’entendre à nouveau la voix de Guy.
Sa générosité intellectuelle et humaine était bien connue de tous. A-t-il jamais refusé de rejoindre, en des lieux et des dates parfois incongrus, un colloque où l’appelaient des doctorants ou de plus jeunes collègues ? A-t-il jamais ménagé son soutien à telle ou telle initiative, même apparemment éloignée de ses préoccupations et de ses activités du moment ? Nous avons, comme tant d’autres, profité de cette grande disponibilité, de ce goût immodéré pour la controverse et la discussion. Par sa forte présence, son brio, son sens de l’humour, son plaisir à débattre, ses interventions parfois quelque peu provocatrices, il avait su secouer avec bonheur bien des séminaires de droit politique dans nos locaux de la rue d’Ulm.
Il y a quelques semaines à peine, il avait participé à l’un de ces séminaires, sur un sujet qui lui tenait à cœur, celui de la responsabilité du chef de l’Etat et des ministres. Puis il était reparti sur son scooter, cigare aux lèvres. La scène était si typique du personnage que nous n’avions pu nous retenir de la photographier, sans nous douter que ce serait la dernière vision que nous garderions de lui. Malgré, ou peut-être à cause de son caractère peu protocolaire, nous avons décidé de la reproduire ici, certains que tous ceux qui ont connu Guy sauront y reconnaître celui dont le besoin de liberté était si fort qu’il ne pouvait supporter de se déplacer autrement qu’à l’air libre.
Denis Baranger, Armel Le Divellec, Carlos-Miguel Pimentel
Entretien avec Guy Carcassonne
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