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Themen : Demokratie - constitutionnalisme - Vereinigte Staaten von Amerika - Verfassung
Im Jahre 1636 verliessen einige englische Verbannte die Kolonie von Massachusetts, um ihre eigene Kolonie zu gründen : der heutige Staat Connecticut. 1639 verabschiedeten sie die sog. Fundamental Orders, die dazu bestimmt waren, die politische Gewalt innerhalb der Kolonie zu begründen und festzusetzen. Diese 1662 durch eine Charta vom König Charles II. bestätigte und bis 1818 geltende Fundamental Orders können durchaus als die historisch erste wirksame geschriebene Verfassung in Nordamerika angesehen werden. Der vorliegende Aufsatz zeigt wie und auf welchen Grundlagen die Einwohner von Connecticut den geschriebenen Konstitutionalismus zu praktizieren begannen, in einer Zeit in der John Locke nur sechs Jahre alt war.
« Pour autant qu’il a plu à Dieu tout puissant par la sage disposition de sa divine Providence d’ordonner et de disposer les choses de telle sorte que nous les habitants et résidents de Windsor, Harteford et Wethersfield cohabitons et résidons maintenant au bord de la rivière Connecticut et sur les terres qui y sont jointes ; et sachant bien que là où un peuple est rassemblé ensemble la parole de Dieu exige, pour maintenir la paix et l’union d’un tel peuple, qu’il y ait un Gouvernement ordonné et décent établi selon Dieu, pour ordonner et disposer des affaires du peuple à toute saison selon les occasions ; en conséquence nous nous associons et nous joignons pour être un Publick State ou Commonwealth ; et, pour nous-mêmes et nos successeurs et tels qui se joindront à nous ensuite, entrons en Combinaison et Confédération ensemble, pour maintenir et préserver la liberté et la pureté de l’Evangile de notre Seigneur Jésus Christ que nous professons maintenant, et également la discipline des Eglises, qui selon la vérité dudit Evangile est maintenant professée parmi nous ; et aussi dans nos Affaires Civiles, pour être guidés et gouvernés selon les Lois, Règles, Ordres et décrets qui seront faits, ordonnés et décrétés, comme suit : … [1]».
Après la Virginie [2], New Plymouth, et le Massachussetts, fondées depuis l’Angleterre dans les premières années du dix-septième siècle, et régulièrement incorporées à Londres, trois autres colonies anglaises sont établies en Amérique. Le Connecticut, Rhode Island et New Haven [3] ont en commun d’avoir été créées dans les années 1630 à partir du Massachussetts, du fait des divergences de vues, plus ou moins affirmées, entre leurs fondateurs et les autorités civiles et religieuses de Boston. Elles ont en outre en commun de l’avoir été sans considération de l’Angleterre. La colonie du Connecticut est ainsi l’œuvre du pasteur Thomas Hooker et de ses paroissiens, qui envisagent à partir de 1634 de quitter le Massachussetts, où ils viennent à peine d’arriver. Dans un premier temps, l’assemblée législative du Massachussetts a retardé leur entreprise [4], c’est pourquoi Hooker n’a pas été le premier à partir. La première installation anglaise connue au Connecticut remonte à un certain John Oldham, qui après avoir négocié avec les Indiens a fait bâtir une première maison, et fondé par là la ville de Wethersfield, berceau du futur Connecticut [5]. C’est ensuite un second groupe d’habitants menés par Roger Ludlow et John Haynes [6], qui quitte le Massachussetts en été 1635, et fonde la ville de Watertown [7]. Mais ce n’est pas le seul problème auquel les premiers habitants du Connecticut sont confrontés. Le Massachussetts ne voit pas d’un bon œil leur départ, et l’ancien gouverneur du Massachussetts John Winthrop, rentré en Angleterre après sa défaite aux élections en 1634, revient en octobre 1635, arguant qu’en vertu d’une patente concédée par le comte de Warwick, membre du Council for New England (lequel s’est auto-dissous à Londres la même année), à l’ordre de Lord Saye and Sele et Lord Brook, lesquels ont mandaté Winthrop par un accord du 7 juin 1635, ce dernier est en droit de réquisitionner les terres qui bordent la rivière Connecticut pour y établir une plantation [8].
John Winthrop et les autorités du Massachussetts d’une part, les fondateurs du Connecticut d’autre part, trouvent une solution de compromis, qui consiste à reconnaître de fait l’autonomie des nouvelles plantations tout en maintenant implicitement une autorité théorique du Massachussetts. L’assemblée législative de cette dernière colonie décide en conséquence, le 3 mars 1636, qu’un conseil formé de représentants des quatre nouvelles plantations de la rivière Connecticut [9] sera chargé de régler les éventuels conflits qui pourraient naître entre les colons. Mais il n’est pas explicitement question de la souveraineté, ni même de la dépendance ou de l’indépendance des nouvelles plantations, vis-à-vis de l’Angleterre ou seulement du Massachussetts : elles sont indépendantes de fait. Le Connecticut est ainsi formé dans un premier temps des quatre villes de Windsor, Hartford, Springfield et Wethersfield, et à l’instar de ce qui s’est toujours fait depuis les premiers temps de la colonisation anglaise de l’Amérique du Nord, chacune des nouvelles plantations a pu envoyer deux représentants, pour siéger au sein d’une assemblée où une poignée de pères de famille règle les affaires courantes sans distinction des pouvoirs, et de fait provisoire, puisqu’elle ne dure que jusqu’en 1639. Mais « ainsi le premier gouvernement de la vallée du Connecticut prit la forme d’une représentation géographique, et les représentants choisis de cette manière représentaient naturellement toute la ville. Le gouvernement fonctionna pendant une année entière avec cette commission. Les villes, entre-temps, n’étaient pas incorporées et n’élisaient pas d’officiers ; leurs affaires étaient simplement ordonnées dans les assemblées de propriétaires. Dans le cadre des établissements frontaliers, tous les propriétaires qui assumaient une part du risque assumaient aussi une part de la direction [10] ».
Avant d’aborder la rédaction et l’économie générale des Fundamental Orders du Connecticut, adoptés le 4 janvier 1639 (II), il faut s’attarder sur les influences qui ont conduit à leur adoption. Dans le cas du Connecticut, il est possible d’affirmer que la religion, et spécifiquement la doctrine congrégationaliste, une branche radicale du calvinisme anglais, a été une influence déterminante, si ce n’est exclusive, de la pensée constitutionnelle (I). C’est également le cas à New Haven et Rhode Island, et ce en conséquence de ce que les trois colonies n’ont pas été fondées depuis l’Angleterre. Elles ont ainsi échappé, dans un premier temps, à l’influence du droit anglais des corporations, qui s’est conjuguée à New Plymouth à partir de 1620 et au Massachussetts à partir de 1628, aux influences religieuses. Les Fundamental Orders présentent cependant la particularité d’avoir été confirmés par l’Angleterre après la Restauration, par une charte de 1662, et d’avoir été effectifs jusqu’en 1818, soit après l’Indépendance et l’adoption de la constitution fédérale des Etats-Unis d’Amérique. C’est une postérité remarquable, qui permet d’affirmer que depuis 1639, l’Etat du Connecticut pratique le constitutionnalisme écrit.
[1] Préambule des Fundamental Orders du Connecticut, du 4 janvier 1639, in Public Records of the Colony of Connecticut, éd. de J. Hammond Trumbull, Hartford, Connecticut, 1850, vol. 1, p. 20 : « Forasmuch as it has pleased the Allmighty God by the wise disposition of his divine providence so to order and dispose of things that we the Inhabitants and Residents of Windsor, Harteford and Wethersfield are now cohabiting and dwelling in and upon the river of Conectecotte and the Lands thereunto adjoining ; And well knowing where a people are gathered togather the word of God requires that to mayntayne the peace and union of such a people there should be an orderly and decent Government established according to God, to order and dispose of the afairs of the people at all seasons as occation shall require ; doe therefore associate and conjoyne ourselves to be as one Publick State or Commonwelth ; and doe, for ourselves and our successors and such as shall be adjoyned to us att any time hereafter, enter into Combination and Confederation together, to mayntayne and preserve the liberty and purity of the Gospel of our Lord Jesus which we now professe, as also the disciplyne of the Churches, which according to the truth of the said gospell is now practised among us ; As also in our Civill Affaires to be guided and governed according to such Lawes, Rules, Orders and decrees as shall be made, ordered and decreed, as followeth : […] ».
[2] La substance de cet article est issue de ma thèse, Naissance de la constitution écrite. La constitution des corps politiques en Angleterre et en Amérique du Nord aux seizième et dix-septième siècles, soutenue en 2004 à l’Université Panthéon-Assas (Paris II), dirigée par Stéphane Rials.
[3] L’Etat de Rhode Island, dont la Capitale porte le nom de Providence, a été fondé par Roger Williams, exilé du Massachusetts dans le cadre de la controverse aninomienne, en 1636. New Haven, une colonie absorbée à terme par le Connecticut, est fondée par deux habitants du Massachusetts, John Davenport et Theophilius Eaton, en 1638.
[4] Cf. J. Winthrop, The History of New England, éd. de James Savage, Boston, 1853, rééd. 1972, p. 141. C’est d’ailleurs à l’occasion de ce départ que la récente colonie du Massachusetts (fondée par une charte royale de 1628) admet l’existence d’un droit de veto du pouvoir exécutif sur les décisions de l’assemblée législative.
[5] Cf. R. J. Taylor, Colonial Connecticut, A History, KTO Press, 1979.
[6] Roger Ludlow était assistant à la general court du Massachusetts, et n’a pas été réélu en 1635. En 1634, il a voté contre le départ de Hooker et des gens de Newport.
[7] Celle-ci est en fait établie sur une terre achetée en 1633 par la colonie de New Plymouth aux indiens, et l’occupation ne sera régularisée par un paiement à l’ordre de New Plymouth qu’en 1637. Dans un premier temps les habitants de New Plymouth s’en plaignent. Cf. W. Hubbard, A General History of New England, Hilliard and Metcalf, Cambridge, 1815, p. 179 : « Des gens de Plymouth, comprenant que ceux du Massachusetts les avaient devancés par une possession si rapide du Connecticut, envoyèrent d’abord par lettre, puis par leur agent, M. Winslow, en septembre 1635, et le printemps suivant, des réclamations pour le dommage qui leur était fait par la possession de l’endroit, qu’ils avaient d’abord acheté aux indiens, et où ils avaient élevé une maison ».
[8] On trouve une version de l’accord entre Winthrop et Lord Say and Sele et Lord Brook dans A Complete History of Connecticut, Civil and Ecclesiastical, from the emigration of its first planters from England, de Benjamin Trumbull, Hudson and Goodwin, Hartford, 1797, p. 527. Lord Say and Sele et Lord Brook n’envisageaient en tous cas pas de se transporter sur place. Cf. J. Andrew Doyle, The English in America, The Puritan Colonies, Longmans, Green and Co., 1887, vol. 1, p. 190 : « Bien que désireux de rejoindre les colons du Massachusetts, Brook et ses associés n’étaient pas préparés à abandonner les prérogatives de leur rang. De plus il y avait au moins un point important dans la Constitution du Massachusetts qui ne correspondait pas à un commonwealth idéal, tel qu’envisagé par les membres les plus instruits du parti puritain. Comme Winthrop et Cotton, ils se méfiaient d’une démocratie, mais contrairement à eux, ils se méfiaient également d’une oligarchie religieuse ».
[9] Huit représentants au total. Cf. R. J. Taylor, Colonial Connecticut, A History, op.cit., p. 8. Thomas Hooker ne figure pas parmi les représentants pour deux bonnes raisons. D’abord, en tant que pasteur, il ne peut exercer les fonctions d’un magistrat civil. Ensuite et surtout, Hooker est encore au Massachusetts au printemps 1636. Cf. également The Public Records of the Colony of Connecticut, Prior to the Union with the New Haven Colony, op.cit., vol. 1, pp. 7-8.
[10] P. Miller, Errand into the Wilderness, Harvard U.P., 1956, p. 37.