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Themen : Demokratie - constitutionnalisme - Vereinigte Staaten von Amerika - Verfassung
1. La contestation de l’anglicanisme par les premiers calvinistes radicaux
Dans l’historiographie contemporaine, Robert Browne (1550-1633) est présenté comme le premier séparatiste de l’Eglise d’Angleterre, du moins le premier dont l’influence est significative [12]. Cette conception se traduit, à la fin du seizième siècle, par l’utilisation courante du terme « brownisme », alors péjoratif, pour désigner les doctrines non-conformistes. Né à Tolethorpe, dans le Rutland, Browne a probablement fréquenté le Corpus Christi College à Cambridge, avant de s’installer à Londres, où il aurait commencé à prêcher le dimanche, en plein air, dans la paroisse d’Islington. Il revient à Cambridge en 1578, où il se lie d’amitié avec Robert Harrisson, coauteur de ses premiers ouvrages [13]. C’est alors qu’il rompt avec l’Eglise d’Angleterre, et fonde The Church, la première Église congrégationaliste. Ce qui est d’abord une pratique devient une doctrine sous la plume de Browne, dont les ouvrages sont publiés sous le manteau en Angleterre à partir de 1582. Le contractualisme est l’élément central de son ecclésiologie, ce qui se traduit par l’adoption d’un covenant comme acte fondateur de l’Église, qui ne peut être constituée que par la réunion volontaire de chrétiens.
Le covenant, terme qui traduit en anglais la notion biblique d’Alliance [14], est une notion fondamentale, au propre comme au figuré. Au propre, elle sert de fondement à l’ecclésiologie congrégationaliste. Au figuré, l’idée du covenant s’est transmise à la philosophie politique dès les premières années de la colonisation de la Nouvelle-Angleterre, où elle a été le point de départ de la pensée constitutionnelle. Cela dit, « ce church covenant n’était pas une invention de Robert Browne, comme le docteur Dexter [15] semble l’avoir supposé, puisqu’on sait que l’idée a été employée en Angleterre à l’époque de Mary et en Ecosse plus tôt. Les anabaptistes continentaux usaient également de tels covenants, et certains étaient mieux rédigés et plus développés que ceux de la compagnie de Browne, mais il est maintenant évident que les anglais et les écossais n’ont pas emprunté le church covenant aux anabaptistes [16] ». Mais cette dernière opinion de Champlin Burrage est à son tour contredite par George Willison, qui pense que « ce concept d’un covenant libre était emprunté aux anabaptistes honnis et à leurs descendants, les mennonites hollandais, que Browne avait connu à Norwich, où beaucoup étaient venus s’installer comme travailleurs dans le commerce de la laine [17] ».
A True and Short Declaration, both of the Gathering and Ioyning Together of Certaine Persons : and also of the lamentable breach and division that felle amongst them, présenté par Browne et Harrisson sous la forme d’un récit de leur expérience, marque l’émergence d’une doctrine séparatiste effective. Le point de départ de cette dissidence réside dans la pratique religieuse de Browne et notamment son refus de la hiérarchie épiscopale. La contestation de l’autorité du clergé anglican est fondée sur son défaut de légitimité, en considération d’une conception de l’Eglise, où dans la hiérarchie du pouvoir, « après le Christ on ne trouve pas l’évêque du diocèse, par qui sont entrepris tant de méfaits, ni quiconque investi d’une forme d’autorité, mais d’abord ceux qui ont l’autorité ensemble : d’abord l’Eglise, comme le Christ aussi l’enseigne, lorsqu’il dit, s’il n’a pas la bienveillance de les entendre, dites le à l’Église, et s’il n’entend pas non plus l’Eglise, qu’il soit alors considéré comme un damné et un publicain, Mat.18.17. Ainsi l’Eglise est-elle appelée le pilier et le fondement de la vérité [18] ». Browne part de l’idée que l’autorité ne peut résider originellement que dans l’Église – une tautologie, certes – et que toute autorité au sein de l’Église ne peut provenir que de l’Église elle-même, entendue au sens de la congrégation des fidèles. Cet argumentation de Browne, qui renvoie implicitement à l’acte originel et originellement vicié, constitutif, de l’Église anglicane, est le point de départ de la contestation de l’Église anglicane en elle-même, autrement dit de sa constitution, terme qu’on va alors rapidement trouver, à ce propos, sous la plume des séparatistes, et notamment de Henry Barrow, dans les années 1590.
[12] Voir notamment F. J. Powicke, Robert Browne, Pioneer of Modern Congregationalism, Londres, 1910 ; C. Burrage, The Early English Dissenters, Cambridge U.P., 1912, 2 vols. ; H. M. Dexter, Congregationalism of the Last Three Hundred Years, as seen in its itterature, Hodder et Stoughton, New York, 1880 ; Dictionary of National Biography, sous la dir. de L. Stephen, Smith, Elder and Co., 1886, vol. VII, pp. 57-61.
[13] Les œuvres recensées de Browne sont A True and Short Declaration, Both of the Gathering and Ioyning Together of Certaine Persons : and also of the lamentable breach and division that felle amongst them, avec Robert Harrisson, 1582 ; A Booke wich Sheweth the Life and Manners of all True Christians, and how unlike they are unto turkes and papistes, and heathen folke, 1582 ; A Treatise upon the 23 of Matthew, 1582 et A Treatise for Reformation without Tarying for Anie, son œuvre principale, en 1583. On trouve ses œuvres rassemblées dans The Writings of Robert Harrison and Robert Browne, Londres, éd. de A. Peel et L. Carson, 1953.
[14] En anglais courant, le mot « covenant » signifie convention, contrat.
[15] Il s’agit de Henry M. Dexter, auteur de Congregationalism of the Last Three Hundred Years as seen in its litterature, op.cit.
[16] C. Burrage, The Early English Dissenters, op.cit., vol. 1, pp. 97-98.
[17] George Willison, Saints and Strangers, New York., 1945, pp. 31-32.
[18] The Writings…, op.cit., p. 399.