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Thèmes : représentation - libéralisme - France
L’idéologie
Il y a idéologie quand cette identité de l’intervenant réussit à faire miroir pour la communauté d’appartenance. Dans le discours à effet idéologique, le collectif se reconnaît et trouve une identité qu’il n’avait pas, ou bien le discours renforce le sentiment d’identité et d’unité possédé antérieurement par la communauté concernée. Mais, en même temps, le collectif reconnaît l’intervenant comme appartenant à la communauté (« Il est l’un des nôtres »). J’appellerai ici idéologie cette double reconnaissance, qui, si elle se produit, manifeste une autre réussite du texte d’intervention politique [27].
L’idéologie se divise elle-même en deux aspects. A un premier niveau, l’idéologie constitue une dimension anthropologique, exprimant notre enracinement existentiel, c’est-à-dire ce qui est présupposé dans nos propos, non rationalisé et explicité, mais qui, chose remarquable, trouve chez les autres un effet de résonance. C’est par ce présupposé en eux que les acteurs politiques efficaces éveillent une résonance hors d’eux, dans le collectif qu’ils parviennent à unir. L’idéologie est le lieu d’une « connivence » spontanée pourrait-on dire, ce par quoi les acteurs se reconnaissent entre eux et aussi ce par quoi l’individuel se sent appartenir au groupe.
Le second niveau de l’idéologie est celui des idées organisées, des manifestes, des programmes : les idéologies, au pluriel. Les idéologies puisent leur développement, leur système d’idées, dans l’enracinement premier par lequel, et dans lequel, l’individuel et le collectif se sont rencontrés et se sont unis [28].
Toutes ces définitions pèchent par leur sécheresse, elles sont bien entendu discutables, je ne les propose ici que pour mieux éclairer la présentation ci-dessous des deux textes de Guizot et de l’idéologie conservatrice qu’il y expose.
[27] Ce qui n’est pas le cas chez Guizot en 1849 : il engendre un malaise chez ses alliés et il ne recueille aux élections que très peu de voix, jusqu’à un chiffre ridicule.
[28] Pour plus de développements, voir l’étude parue dans les Mélanges Michel Troper cités supra, avec application à l’exemple d’une idéologie conservatrice/novatrice chez Fiévée.