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Keywords : constitutionnalism - Legal History - Political law - judicial review - constitution
II – La seconde partie de l’ouvrage est toute entière consacrée au paradoxe d’un triomphe en trompe l’œil de l’État monarchique. Le triomphe, qui est l’objet du chapitre 1er (p. 165 s.), revient longuement sur l’avènement de ce que les historiens nomment par commodité la « monarchie administrative ». La théorie de la souveraineté législative, forgée par Bodin et Le Bret, bénéficie effectivement d’abord à l’État, un État qui exige l’obéissance avant le consentement, à commencer par l’obéissance de l’Église qui doit être dans l’État. Avec la théorie du droit divin, et comme l’avait déjà magnifiquement démontré M.-F. Renoux-Zagamé, l’État se clôt sur lui-même (p. 186 s.). La monarchie « décisioniste » déploie alors toute son autorité (p. 200 s.) en cantonnant les parlements à un rôle judiciaire comme en témoigne la réaction particulièrement ferme de Louis XIII qui défend aux magistrats de se mêler des affaires d’État. De ce point de vue, l’ouvrage défend la thèse de rois fossoyeurs de la tradition constitutionnelle, exception faite, curieusement, de Louis XV, dont les lits de justice ne sont pourtant pas la manifestation d’une autorité tempérée. Un paragraphe (p. 215 s.) relatif à ce que l’auteur appelle « la naissance de l’État cartésien » aurait gagné à être beaucoup plus nuancé. D’abord parce qu’il prend appui sur une bibliographie étonnante pour un ouvrage de cette qualité. Pouvait-on traiter d’un sujet aussi important que l’avènement du cartésianisme à partir d’auteurs qui lui sont résolument hostiles et qui, pour certains d’entre eux (tel Jacques Maritain), relèvent du catholicisme fin de siècle ? En élargissant ses lectures à d’authentiques spécialistes de la philosophie cartésienne et à des auteurs versés dans l’étude du XVIIe siècle, l’auteur s’épargnerait quelques naïvetés qui relèvent malheureusement du jugement de valeur (ainsi p. 218-219 du « mythe du progrès » confrontée à « l’éternité divine » qui, elle, serait donc supposée vraie...).
Cet avènement contesté de l’État monarchique, bien connu des publicistes et des historiens, est ici raconté non sous un jour nouveau mais de façon partiellement inédite tant l’auteur prend plaisir à citer les auteurs nombreux (et parfois oubliés) et les très nombreuses remontrances et/ou harangues sur lesquelles se fondent ses développements. Tout particulièrement dans un second chapitre (p. 222 s.) relatif à la contestation, par les parlements, de la monarchie absolue. Il faut lire attentivement ces pages où des parlementaires ou des avocats rodent en quelque sorte des théories constitutionnelles qui triompheront en 1789, à commencer par celles que développent des contractualistes d’ordinaire sous-estimés (par exemple Claude Mey et Gabriel Maultrot et leurs Maximes de droit public de 1772 figurent ici à leur juste place et valeur p. 315 s.).